• Ntite Mukendi Aubert Kizito

  • Ntite Aubert Kizito Mukendi: une bibliothèque s’est fermée

    27 mars 2016 | Presse
  • Le carnet de Colette Braeckman - Le soir.be

    Il y avait longtemps qu’Aubert Nitte Kizito Mukendi avait quitté la scène politique congolaise, mais il restait toujours présent dans le cœur de ses compatriotes, comme pionnier de l’indépendance et comme «conteur » qui, dans les films de Thierry Michel « le cycle du serpent » et «Mobutu roi du Zaïre » avait tenté d’expliquer non seulement les aléas politiques, mais les ressorts de l’âme de son pays, dénonçant en particulier les « cueilleurs »…
    Né en 1935, Aubert Mukendi avait été l’un des premiers diplômés du Congo belge, sorti de l’Université de Liège avec un diplôme de docteur en mathématiques et d’astrophysicien. C’est à Liège d’ailleurs qu’il avait rencontré son épouse Josée et formé avec elle un couple indestructible. Dès 1960, ce militant nationaliste originaire du Kasaï fuit nommé Ministre des Transports par Patrice Lumumba et fut ensuite premier directeur d’Air Congo.
    Dès la prise de pouvoir du général Mobutu en 1965 Aubert Mukendi s’afficha comme un opposant résolu et, aux côtés d’Etienne Tshisekedi, il fut l’un des fondateurs de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) le premier parti d’opposition au Congo, qui rivalisa bientôt avec le parti unique Mouvement populaire pour la révolution. Observateur engagé, Aubert Mukendi était aussi linguiste, conteur, écrivain.
    Lorsqu’il fut porté au pouvoir par l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo ) Laurent Désiré Kabila, succédant à Mobutu, n’hésita pas un instant : il fit d’Aubert Mukendi son chef de cabinet, se servant de ce nationaliste rigoureux pour tenter de contrer l’influence des conseillers que le Rwanda avait placé à ses côtés, pour le contrôler autant que pour l’assister. Mukendi ne faillit pas à sa mission, entrant plusieurs fois en conflit ouvert avec Déogratias Bugera, un Tutsi congolais proche de Kigali.
    Les affrontements entre les deux hommes contribuèrent d’ailleurs à faire comprendre aux Congolais les ambiguïtés de la situation et moins d’un an après l’arrivée au pouvoir de Kabila commençait la deuxième guerre du Congo, dont Mukendi avait très tôt compris et souligné les enjeux réels…
    Même s’il était déçu par les évolutions de la politique congolaise, Aubert Mukendi, retiré à Paris, suivait toujours l’actualité avec passion, toujours écouté par ses compatriotes, toujours respecté pour sa rigueur et son intégrité…